Industrie & Technologies |
 Robots en réseau Par Cyril Fiévet, le
19/08/2004

III. ... en passant par les robots de compagnie
Bien qu'il s'agisse d'une problématique différente, on peut arguer que le fonctionnement en réseau est également l'avenir des robots personnels.
Par biens des aspects, la robotique est en pleine mutation. En devenant "personnels" et en sortant des usines, les robots changent de nature et de fonctions. Plusieurs études anticipent l'émergence d'un nouveau marché très prometteur, et l'arrivée massive de ces machines pas comme les autres, pour des usages de services (tondeuses à gazon autonome, aspirateurs, robots de surveillance) ou de divertissement (jouets ou compagnons robotisés).
Parfois appelés "robots de nouvelle génération", ceux-ci se caractérisent par leur autonomie, leur mobilité et leur capacité à s'intégrer à un environnement humain. Même s'il est dévolu à des tâches précises, un robot personnel devra souvent être capable d'une forme d'interaction sociale. Si l'on admet que des robots mobiles et autonomes se répandent en grand nombre, notamment dans les foyers, la question de leur mise en réseau, ou plus généralement des moyens qu'ils utilisent pour communiquer entre eux ou avec des humains, prend donc tout son sens.
En mars dernier, plusieurs constructeurs japonais ont d'ailleurs effectué une démonstration impliquant des robots de nature très différente : le droïde de Fujitsu (Maron-1), l'assistant humanoïde ménager de Mitsubishi (Wakamaru) et les deux robots vedettes de Sony (Aibo et le petit humanoïde Qrio), capables de synchroniser leurs mouvements. Les robots, bien que reposant sur des technologies distinctes, communiquaient en réseau selon un protocole unique (http://www.reuters.com/newsArticle.jhtml?type=technologyNews&storyID=4642543).

Aïbo et Qrio, deux robots sortis des laboratoires de Sony
Bien que symbolique, cette démonstration marque peut-être une étape dans le décollage du marché de la robotique personnelle. Mais si l'on perçoit les perspectives en matière de machines mobiles et autonomes capables de communiquer avec leurs pairs, nous sommes encore loin de savoir faire communiquer entre eux des robots domestiques différents. La robotique personnelle est un marché très nouveau, qui repose sur des technologies émergentes, toutes propriétaires. Il n'existe pas encore de standard, ni pour les systèmes d'exploitation contrôlant le fonctionnement des robots, ni pour la manière dont ils pourraient communiquer entre eux.
Comme il y a une vingtaine d'années, on peut craindre qu'il ne soit pas plus aisé de faire dialoguer un robot-chien japonais avec un humanoïde canadien, qu'il ne l'était jadis de connecter un Mac et un PC.
Du reste, la problématique est complexe. Même si ces robots ne sont au fond que des ordinateurs mobiles, ils sont également pourvus de facultés qui les distinguent de simples machines de bureau. Via de multiples capteurs, des caméras et des logiciels d'intelligence artificielle, les robots perçoivent leur environnement, et leur mise en réseau est plus complexe qu'une simple connexion de PC à PC.
Mais on peut imaginer que l'industrie de ce marché naissant cherchera rapidement à imposer des normes et des standards, comme le préfigure peut-être la démonstration nippo-japonaise du mois dernier. Qu'il s'agisse de nouveaux entrants ou d'acteurs importants de l'industrie informatique, on cherche déjà à imposer solutions, plates-formes et standards. Ainsi, dans son premier communiqué de presse en 2002, la start-up Evolution Robotics (http://www.evolution.com). définissait sa plate-forme logicielle comme "un standard pour l'industrie de la robotique personnelle". Intel se présente pour sa part comme "le leader de la robotique mobile", et décrit dans un article récent comment les robots mobiles peuvent servir de "passerelles pour les réseaux de capteurs sans fil" Le géant de l'électronique n'entend pas participer à la fabrication des robots, mais fournir les éléments logiciels et les composants nécessaires à la robotique mobile, sous la forme de "briques standardisées". On l'imagine, la technologie sans fil Centrino joue un rôle clé dans cette stratégie, qui vise à imposer la plate-forme Intel comme un standard de fait. "Les technologies robotiques mobiles et sans fil constituent un nouveau défi pour Intel. Nous espérons que la combinaison de ces deux mondes - la robotique mobile et les réseaux sans fil - puisse être efficace, par exemple en matière d'environnements informatiques pervasifs", lit-on.
Mais si le fait que les robots mobiles et autonomes soient un jour capables de communiquer entre eux est une certitude, reste à savoir de quelle manière ils le feront. Les robots dialogueront-ils entre eux de façon invisible et inintelligible pour des humains, ou bien ou contraire, comble de l'anthropomorphisation des machines, verrons-nous un jour des robots discuter entre eux en langage naturel, comme le préfigurent certains travaux menés au laboratoire Sony de Paris (http://www.csl.sony.fr) ?
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